Une crème de marathon à Chantilly

château de Chantilly
Chantilly, son hippodrome, son château et…son tout nouveau marathon ! Dimanche 02 avril, nous avons découvert une crème de marathon qui nous a particulièrement porté chance.

Dimanche 2 avril, c’est le jour J pour le marathon de Chantilly. Après 17 ans d’absence, l’épreuve renaît avec un super parcours dans le domaine et une arrivée à l’hippodrome. Les organisateurs annoncent un dénivelé de moins de 200 m, donc clairement, la course est propice à de bons chronos. Bonus, c’est à 40 minutes de la maison et l’inscription coûte 3 cacahuètes par rapport au cirque parisien qui a lieu la semaine suivante. Bonus du bonus, Chantilly étant inconnu, première édition oblige, nous sommes certains de nous retrouver en petit comité. On sera bien, bien, bien !
Seul point qui me chiffonne, le parcours se compose de 3 boucles; et moi, repasser 3 fois au même endroit, ça risque de très vite me démotiver. Surtout au dernier tour (je me souviens encore de la galère pour finir La Rochelle, hein). Chaque boucle fait 15 km, je ne devrai pas trop avoir l’impression de faire le hamster. Côté stratégie de course, je compte sur Ludo pour me changer les idées et m’emmener jusqu’au bout, Ludo compte sur moi pour le tirer jusqu’à la ligne… Hum, ça va être une belle course d’éclopés mais à 2, on devrait gérer !

Nous retirons nos dossards, strip-tease dans le hall pour enfiler nos habits de lumière (minute fashion : ce dimanche, nous sommes tous les 2 en bleu avec nos t-shirts porte-bonheur du Marathon de Paris 2015. Trop de style, je vous dis). J’attrape ma casquette de vélo, ma bouteille d’ EPO de boisson isotonique et nous sortons voir les participants du 10 km qui partent à 9h40. Il ne fait que 6° sous les arbres, on se les pèle clairement dans nos shorts et t-shirts mais nous sommes étonnés de voir le nombre de coureurs couverts en collant, veste ou t-shirt long. La météo prévoit un grand ciel bleu et plus de 16°. Dans 1h ou 2h, nous, nous serons à l’aise blaise alors qu’eux, ils vont suer des seaux de transpi et se ramasser le mur (parce qu’en plus de sentir le fennec, on perd des minéraux quand on transpire et le corps avance moins bien ensuite).

A 5 minutes du départ, nous rejoignons les autres furieux derrière la ligne. Quelques orteils écrasés plus tard, nous sommes en place derrière notre (dé)meneur d’allure de 3h45. A 10h, PAN ! C’est parti mon kiki !

course hippique à ChantillyL’ambiance au départ. Grosse motivation

T1 et T2 – km 0 à 22

Nous sommes un peu moins de 700 selon les organisateurs mais comme la majorité des coureurs vise les 3h30/3h45, nous nous retrouvons tous entassés sur 5 m² entre nos 2 meneurs d’allure. Résultat, ça bouchonne au départ, un comble pour un si petit peloton !
Les 3 premiers kilomètres se font à la file indienne sur une petite départementale pas complètement fermée à la circulation, avec les barrières qui empêchent de doubler sereinement. Nous arrivons néanmoins à dépasser les rares escargots intrus qui se sont trompés de sas et rejoignons les coureurs agglutinés autour de la flèche violette de notre meneur des 3h45.
Cette proximité nous permet de faire connaissance avec quelques échanges de coups de coude et frottages de mollets amicaux avant que chacun trouve ses marques. Et son espace vital. Autour de nous, nous avons donc T-shirt Rose (parce que c’était la couleur du t-shirt du Grand Defi des Vosges de 2016. Bien pratique à suivre, ce rose flashy), Gaétan et sa collègue de l’Astre creillois, deux autres coureurs de l’AC capellois, deux maillots de l’AC Clermont, un gendarme en t-shirt noir, Didier avec ses écouteurs fluos et son camelback et pour finir, un triathlète en trifonction. Salut les copains, ravis de vous rencontrer, on va transpirer pendant 42 bornes ensemble !

groupe des 3h45 au marathon de ChantillyLe running, ce sport collectif. photo Loïc Vrignault

Dans la longue ligne droite, nous commençons à bien sentir le soleil dans notre dos. Si on veut finir ce marathon sans trop de casse, il va falloir bien gérer la chaleur. Les concurrents en t-shirts longs ou veste sont déjà trempés. Eux, ils vont prendre cher. Toutes les dix minutes, je file ma bouteille à Ludo pour l’obliger à boire. Lui, lorgne sur ma casquette et invoque sa presque calvitie pour m’obliger à lui céder. Hey, chacun ses problèmes capillaires ! Je lui prête la précieuse uniquement pour lui éviter une insolation. Et parce que je n’ai pas une tête à casquette de toute façon. Nous tournons en 5’20 », tout va bien.

Le groupe bifurque vers la forêt et le premier ravito. Pas de crème Chantilly, Ludo se contente d’un verre (d’eau, je précise), des raisins et nous repartons. Le meneur a pris un peu d’avance, je tempère mon poulain qui veut accélérer pour le rattraper : on va combler notre retard tranquillement en gardant la même allure, pas la peine de s’enflammer.
Le peloton s’étire enfin, le soleil se fait moins présent sous les arbres, cela devient tout de suite plus agréable. Les jambes vont bien, tous les signaux sont au vert pour moi. Nous débranchons le cerveau et nous calons sur le rythme du meneur (qui a légèrement accéléré, nous sommes autour des 5’15 »- 5’17 » de moyenne, à voir si on va tenir cette allure tout du long). Les kilomètres défilent, le quart de la course est avalé en un clin d’œil. Je veille à ce que mon coureur s’humecte régulièrement, le groupe est toujours présent autour de nous. Bref, on gère la fougère.

Voilà, on est quelque part là-dedans.

A partir du quinzième km, Ludo commence à couiner. Houston, we have a problem… Sa cheville gauche le lance, son moral s’effondre, il lâche le mot abandon et m’encourage à continuer sans lui. Un long regard plein d’amour de travers le convainc de continuer jusqu’au prochain ravito (notez que je ne précise pas quel ravito, hé hé). Je me dis que si on veut finir ensemble, il faut le faire penser à autre chose jusqu’au ravito…final. J’ai bien réussi à le faire trotter 100 km comme ça 😀

Nous rejoignons l’hippodrome, tapons dans les mains des petiots, passons devant le musée du cheval et ses redoutables pavés défoncés avant de boucler le T1. Ce passage autour du château avec toute la foule est très sympa, ça redonne un petit coup pouce au moral. Les seconds relais du marathon en trio déboulent, c’est parti pour le T2 avec mon schtroumpf grognon qui me répète sur tous les tons de la gamme qu’il a mal, qu’il va mourir dans d’atroces souffrances, qu’il va abandonner au prochain ravito et que la course à pied, c’est tout naze. J’envisage très fortement de jeter ma douce moitié dans un fossé avant qu’il ne me mine complètement le moral mais comme il a toujours ma casquette, je me retiens. S’il a l’énergie pour se plaindre, il a l’énergie pour courir. Pause boisson + Tucs au ravito, Ludo s’accroche et à notre grande surprise, nous passons le semi en 1h50 dans un relatif état de fraicheur.

T2 – km 22

Pile au moment où je commence à reprendre espoir et à imaginer une arrivée en amoureux, Ludo met le cligno et ralentit. Non, non, pas le coup de la panne ! J’ai vraiment envie de terminer la course avec lui mais sa mine chiffonnée fait peine à voir. Comme je n’ai pas envie d’avoir le décès de sa cheville sur la conscience, je lui conseille de rentrer tranquillement à l’hippodrome et d’aller se faire masser chez les kinés. Il vaut mieux qu’il arrête. Je la joue « voix de la raison expérimentée » mais en vrai, je n’aurais jamais la patience de le tirer par les chaussettes pendant 20 km ! Pas de pitié en course, c’est la guerre !
Avant de partir, il me rend ma casquette et je lui passe le ticket de la consigne pour qu’il se change. Un bisou, derniers conseils nutrition pour gérer le retour et j’abandonne Ludo sur le bas-côté. Je note qu’il me fait faux bond juste quand ça commence à devenir difficile. Le petit fourbe ! ça va se payer plus tard, ça !
Je repars comme en 40, la flamme du meneur et Monsieur T-shirt Rose en ligne de mire. Le groupe commence à s’éparpiller un peu le long de la route mais globalement, tout le monde répond encore présent.

T2 – km 26

Moralement, l’abandon de Ludo me perturbe un peu mais ne plus l’entendre se plaindre me permet de me reconcentrer sur mon marathon. Pour le moment, je me sens bien, j’en profite !
Le retour vers l’hippodrome arrive très vite, avec toujours autant de petits spectateurs qui tendent la main pour nous encourager. Leur enthousiasme fait plaisir. Deux fusées me dépassent, je reconnais Lionel et Nicolas des Jolie Foulée, qui eux font leur sortie longue sur le relais avant Boston. Un encouragement et les deux loustics disparaissent à grandes enjambées. Il me faut des Adidas, ça fait courir plus vite !
Devant moi, notre meneur semble avoir un coup de mou, il lève le pied, se retrouve à ma hauteur et n’arrête pas de tripoter l’attache de sa flamme. Hu hu, que se passe-t-il ? Devant le musée du cheval, donc environ au km 26, il finit carrément par s’arrêter. Léger moment de confusion dans notre petite troupe, on espère que le meneur va revenir mais non, il vient de nous abandonner à notre triste sort. Les petits canetons que nous sommes sont en déroute. C’est foutu, nous allons nous perdre dans les bois à la mauvaise allure ! Je suis détresse.
Le groupe se disloque, je m’accroche à M. T-Shirt rose, les AC capellois et AC Clermont ainsi que le triathlète. On se suit depuis le début, ils ont l’air de savoir ce qu’ils font, ils seront donc mes lièvres de substitution.

Marathon de ChantillyLà, ça passe pas super crème (Chantilly) pour Ludo. Photo P. Blain-Descormiers

Derrière, Ludo boit des litres d’eau, picore ses Tucs au bacon et regarde ses pieds pour éviter de voir le paysage qui ne défile pas très vite. Donc forcément, il zappe la sortie de délestage à l’hippodrome et se retrouve sur le T3. Il se dit que tant qu’à faire, autant continuer. Sans le savoir, il récupère la seconde partie du groupe dont Didier et ses écouteurs, le gendarme en t-shirt noir.

T3 – km 30 à 36

Dernier passage au rond-point et c’est reparti pour le dernier tour ! Les T1 et T2 sont passés étonnement vite mais je ne m’emballe pas : la fête va commencer à partir du km 30.
Au ravito, je mets le frein à main : première pause de la course. J’ai de l’avance sur mon objectif et il est hors de question que je finisse raide de crampes comme à la Rochelle. Je jette ma bouteille vide, prend le temps d’avaler un gel, un bout de banane et de me rafraîchir. Je perds quelques minutes à enlèver ma chaussure droite car un orteil fait des siennes depuis les derniers kilomètres. Au toucher, je réalise que j’ai une énorme ampoule. Urgh… Bon, même pas mal. Je remballe et retourne rattraper le groupe.

Je ne le sais pas mais Ludo est juste à 1 km derrière moi, toujours en course. Il pique-nique aux ravitos, fait demi-tour pour se resservir en crackers avant de réaliser qu’il reste quand même 12 km à se farcir. Sa cheville le tire toujours mais comme la douleur ne s’aggrave pas, il continue de trotter de ravito en ravito, le nez au vent. « Manger bouger », comme dirait le gouvernement !

A partir du km 36, la fatigue commence à se faire sentir mais d’un autre côté, ça fait 3 heures que je trime. Je ralentis un peu l’allure, quitte à me laisser distancer par mes meneurs improvisés. A l’exception de mon ampoule, pas de bobo nul part, cette fraîcheur est presque inquiétante. J’ai beau chercher, pas la moindre trace du mur ni de coup de mou. Je trotte en 5’23 » de moyenne, je suis toujours dans l’objectif de faire moins de 3h55. Dans mon dos, Ludo commence lui aussi à en avoir marre. Donc très logiquement (non), il décide d’accélérer, parce que « plus tu cours vite, plus tu finis vite ». Et puis, il n’aime pas la couleur verte de la flèche des 4h, vaut mieux qu’elle reste loin de lui.

T3 – 38 km

Dernier ravito, ça sent bon l’écurie (et non, je ne parle pas de mes voisins). Le triathlète lance l’effort pour accrocher le sub 3h45, je ne cherche même pas à suivre. Pas de blague à 4 km de la fin, il s’agit de finir dignement sur ses deux jambes, pas de ramper comme une méduse jusqu’à la ligne. En plus, M. T-shirt rose, les AC Clermont et capellois sont toujours juste devant moi. Mes compagnons de bitume ont prouvé leur régularité durant toute la course, je leur fais confiance pour m’amener à mon bon port !
Derrière, Ludo cavale toujours à 5′ au kilo, il n’a toujours pas remarqué que ça fait 3 fois qu’il passe devant le musée du cheval, il râle et ça commence à être bien confus dans sa tête. Heureusement que les bénévoles sont là pour l’empêcher de repartir faire une 4ième boucle !

Marathon de ChantillyLudo est persuadé d’être dans une boucle infinie. photo Loïc Vrignault

T3 – 40 km

Où.est.cette.fichue.arche ? Là, je commence à compter les foulées qui me séparent de l’hippodrome et j’ai vraiment l’impression que les 2 195 m restant font plutôt 5 000 m. Bien sûr, il n’y a pas de raccourci magique et les cavaliers qu’on croise refusent de me prêter leur chevaux. C’est de la non-assistance à runner en fin de vie, je vous dis ! Un scandale.

1 km derrière, Ludo et Didier s’imaginent être sur un cross et décident de se tirer la bourre à fond les ballons, pour le plus grand bonheur des spectateurs.

42,195 km – regardez qui débarque !

arrivée du marathon de Chantilly42,195 km et je n’ai même pas réussi à le perdre…

Un virage et hop, l’hippodrome ! Enfin ! J’allonge la foulée, tututut, laissez passer, je veux ma médaille ! Je franchis l’arche le nez sur ma montre : 3h51 ! Yeah, meilleur temps sur la distance avec 4 minutes de moins que mon précédent record. Je fête ça avec deux gobelets de coca avalés cul sec (la folie totale). Les gentilles bénévoles récupèrent la puce, me tendent ma précieuse breloque souvenir et dirigent les arrivant vers le ravito final. J’ai un peu mal aux jambes, en fin de compte.

Derrière, Ludo cravache le poney mais Didier ne lâche pas le morceau. Les mini-Usain Bolt finissent à 1 seconde d’écart et se félicitent de leur arrivée à toute berzingue. #bromance

Du côté des chocolatines, je cherche mon schtroumpf chauve dans les spectateurs autour de moi. Comme je ne sais pas qu’il est toujours en course, je commence à m’inquiéter de ne pas le voir à l’arrivée. Je l’ai laissé au km 22 à moins de 3 km du village de la course donc même en moonwalk, il aurait dû avoir largement le temps de rallier l’hippodrome. Je sors le portable pour le secouer prendre des nouvelles quand je repère une tête familière dans le flot des arrivants. Hey, mais ce zombie pâlichon est à moi ! Il m’annonce un temps de 3h54. Je suis très fière qu’il ait terminé sa course (c’était mal embouché quand je l’ai quitté au km 22) et dans un temps correct en plus ! Il améliore sa précédente marque de 23 minutes.
Bon, ça prouve bien qu’il fait du cinoche et qu’il a largement le 3h45 dans les jambes.

ravito du marathon de ChantillyJe suis d’accord, ça manque de Chantilly sur les chocolatines.

Après l’effort, le réconfort : nous engloutissons notre poids en chocolatines pour recharger les batteries avant de sortir nous détendre sur la pelouse avec les autres finishers.
Ludo subit le contre-coup de ses 3h54 d’effort, le pauvre vire au jaune, c’est assez intéressant à voir. Je clopine jusqu’au vestiaire pour récupérer nos affaires, passer une serviette à Ludo qui s’en sert comme couverture et je le laisse faire des câlins à la pelouse tranquillement, le temps que le sucre des chocolatines fasse effet. Au bout d’une heure, il reprend forme humaine et se plaint juste d’avoir mal partout.

arrivée du marathon de ChantillyOn n’est pas fatigué, on fait la sieste au soleil !

Pour conclure, ce marathon atypique a plusieurs points positifs pour attirer les coureurs : un parcours propice à faire un bon chrono, une ambiance conviviale qui change des courses parisiennes, un environnement vraiment joli. Les bénévoles sont aux petits soins pour que la course se passe le mieux possible. Les spectateurs sont surtout concentrés autour de l’hippodrome mais grâce aux  trois boucles, ils peuvent nous encourager 3 fois (et clairement, ça fait du bien au moment d’attaquer le T3).

Dans les améliorations, je noterai les 3 premiers kilomètres, vraiment étroits, où les barrières empêchent de doubler sereinement et les tables des ravitos, un peu pauvres à mon goût en liquide : seulement de l’eau et des morceaux de sucre pour s’hydrater. Certes, cela suffit mais sur la dernière boucle, je n’aurai pas dit non à un verre de coca ! Autre point, avec la météo qu’on a eu, des épongeages auraient été plus que bienvenus ! Et puis, ça manquait de crème Chantilly 😀 Ce marathon inaugurait sa première édition, j’espère que les organisateurs peaufineront leur copie pour 2018, car cette course possède de sérieux atouts pour concurrencer les autres gros marathons.

Pour nous, nous sommes plus que satisfaits de nos chronos même si nous savons qu’avec une vraie cheville Ludo peut accrocher 3h30 et avec un peu de bonne volonté, je peux ramener le 3h45. Surtout, nous avons bien moins souffert et à J+1, nous n’avons quasiment aucune courbature. La preuve qu’on a encore de la marge ! 😉 Côté matériel, Ludo va renouveler ses chaussures et semelles, je pense que ça réduira ses soucis de cheville. Rendez-vous à Sénart le 1er mai pour voir si la progression continue !

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